Séries entières
Deuxième année (spé) · MP, PSI
Cadre et notations
Dans toute la fiche, et sont des suites de nombres complexes. On appelle série entière de coefficients la série de fonctions , où la variable décrit . Pour , on note le disque ouvert de centre et de rayon , et le disque fermé ; on pose .
Rayon de convergence
Lemme d'Abel. Soit tel que la suite soit bornée. Alors, pour tout tel que , la série converge absolument.
Définition (rayon de convergence). Le rayon de convergence de la série entière est
L'ensemble considéré contient , donc la borne supérieure existe dans .
Théorème. Soit le rayon de convergence de et .
- Si , la série converge absolument.
- Si , la suite n'est pas bornée ; la série diverge grossièrement.
Le disque s'appelle le disque ouvert de convergence ; pour une variable réelle, on parle de l'intervalle ouvert de convergence .
Sur le cercle , on ne peut rien affirmer en général. Les trois séries suivantes ont pour rayon :
- diverge grossièrement en tout point du cercle ;
- converge absolument en tout point du cercle ;
- diverge en et converge en .
Déterminer un rayon de convergence
Proposition (règle de d'Alembert). On suppose à partir d'un certain rang et
Alors , avec les conventions et .
Proposition (comparaison). Soient et les rayons de convergence de et .
- Si quand (en particulier si à partir d'un certain rang), alors .
- Si quand , alors .
Proposition (un point bien choisi). Soient le rayon de convergence de et .
- Si la suite est bornée (en particulier si converge), alors .
- Si la suite n'est pas bornée, ou si la série diverge, alors .
- Si converge sans converger absolument, alors .
Méthode. Pour une série « lacunaire » comme , les coefficients d'indice impair sont nuls : on n'applique pas la règle de d'Alembert aux coefficients, mais la règle de d'Alembert pour les séries numériques au terme général , à fixé.
Opérations
Proposition. Soient et les rayons de convergence de et .
- Somme. Le rayon de vérifie , avec égalité si ; et pour , .
- Produit de Cauchy. Posons . Le rayon de est au moins , et pour :
Proposition. Les séries entières , et ont le même rayon de convergence.
Régularité de la somme
Théorème (convergence normale). Si , la série de fonctions converge normalement sur tout disque fermé avec . Sa somme est donc continue sur le disque ouvert .
Dans la suite de cette section, et est définie par .
Théorème (dérivation terme à terme). La fonction est de classe sur et, pour tout et tout ,
En particulier, pour tout .
Théorème (intégration terme à terme). La fonction est définie sur ; c'est la primitive de sur qui s'annule en .
Corollaire (unicité des coefficients). S'il existe tel que les deux séries aient un rayon au moins égal à et que pour tout , alors pour tout .
Conséquence : si est paire, ses coefficients d'indice impair sont nuls ; si elle est impaire, ses coefficients d'indice pair sont nuls.
Fonctions développables en série entière
Définition. Soit . Une fonction est développable en série entière sur s'il existe une série entière de rayon au moins égal à telle que pour tout .
Une telle fonction est de classe sur , et la série est nécessairement sa série de Taylor en : .
Attention : une fonction de classe n'est pas toujours développable en série entière. La fonction définie sur par si et est de classe et vérifie pour tout ; sa série de Taylor en est nulle, alors que ne s'annule qu'en . Elle n'est développable en série entière sur aucun intervalle avec .
Proposition (critère par le reste de Taylor). Soit de classe sur . Alors est développable en série entière sur si et seulement si, pour tout ,
Développements usuels
Pour tout :
Pour tout tel que :
Pour tout :
Pour tout :
Pour tout et tout :
Les rayons de convergence sont pour les quatre premières lignes, et pour , et . Pour , le rayon vaut si , et si (la somme est alors un polynôme).
Méthodes
- Calculer une somme. On se ramène à un développement usuel par dérivation ou intégration terme à terme (sur l'intervalle ouvert de convergence), décomposition en éléments simples, ou produit de Cauchy.
- Montrer qu'une fonction est développable en série entière. Soit on l'obtient par opérations sur les développements usuels, soit on cherche une équation différentielle linéaire qu'elle vérifie, on cherche les solutions développables en série entière (relation de récurrence sur les coefficients, calcul du rayon), puis on conclut par l'unicité de la solution d'un problème de Cauchy, sur l'intervalle où le théorème de Cauchy linéaire s'applique.
- Les égalités ne valent a priori que sur l'intervalle ouvert de convergence. Une égalité au bord () demande un argument supplémentaire (par exemple la convergence uniforme sur ).
Pièges fréquents
- Conclure sur la convergence en un point tel que sans l'étudier.
- Appliquer la règle de d'Alembert aux coefficients alors qu'une infinité d'entre eux sont nuls, ou alors que le rapport n'a pas de limite : la règle ne dit alors rien.
- Confondre « la série de Taylor de converge » et « est égale à la somme de sa série de Taylor ».