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Nombres réels et suites numériques

Première année (sup) · MPSI, PCSI

Cadre et notations

Sauf mention contraire, les suites sont réelles : u=(un)n∈N∈RNu = (u_n)_{n \in \N} \in \R^{\N}. Une propriété est vraie à partir d'un certain rang s'il existe N∈NN \in \N tel qu'elle soit vraie pour tout n≥Nn \geq N.

Borne supérieure

Définition. Soit AA une partie de R\R. Un réel MM majore AA si a≤Ma \leq M pour tout a∈Aa \in A. La borne supérieure de AA, notée sup⁡A\sup A, est, si elle existe, le plus petit des majorants de AA.

Théorème (propriété de la borne supérieure). Toute partie non vide et majorée de R\R admet une borne supérieure.

Proposition (caractérisation). Soient AA une partie non vide de R\R et M∈RM \in \R. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. M=sup⁡AM = \sup A ;
  2. MM majore AA et, pour tout ε>0\varepsilon > 0, il existe a∈Aa \in A tel que a>M−εa > M - \varepsilon ;
  3. MM majore AA et il existe une suite d'éléments de AA qui converge vers MM.

On définit de même la borne inférieure inf⁡A\inf A, plus grand des minorants. Une borne supérieure n'est pas forcément un plus grand élément : sup⁡ ]0,1[ =1∉ ]0,1[\sup \, ]0, 1[ \, = 1 \notin \, ]0, 1[.

Partie entière. Pour tout x∈Rx \in \R, il existe un unique n∈Zn \in \Z tel que n≤x<n+1n \leq x < n + 1 ; on le note ⌊x⌋\lfloor x \rfloor.

Densité. Tout intervalle ]a,b[]a, b[ avec a<ba < b contient au moins un rationnel et au moins un irrationnel.

Convergence

Définition. La suite uu converge vers ℓ∈R\ell \in \R si

∀ε>0, ∃N∈N, ∀n≥N, ∣un−ℓ∣≤ε.\forall \varepsilon > 0, \ \exists N \in \N, \ \forall n \geq N, \ |u_n - \ell| \leq \varepsilon.

Le réel ℓ\ell est alors unique : c'est la limite de uu. La suite uu tend vers +∞+\infty si ∀A∈R, ∃N∈N, ∀n≥N, un≥A\forall A \in \R, \ \exists N \in \N, \ \forall n \geq N, \ u_n \geq A.

Proposition. Toute suite convergente est bornée. La réciproque est fausse : ((−1)n)\big( (-1)^n \big) est bornée et diverge.

Proposition (passage à la limite dans les inégalités). Si un≤vnu_n \leq v_n à partir d'un certain rang et si uu et vv convergent vers ℓ\ell et ℓ′\ell', alors ℓ≤ℓ′\ell \leq \ell'.

Les inégalités strictes deviennent larges : 1n+1>0\frac{1}{n+1} > 0 pour tout nn, mais la limite est 00.

Théorème (encadrement). Si vn≤un≤wnv_n \leq u_n \leq w_n à partir d'un certain rang et si vv et ww convergent vers le même réel ℓ\ell, alors uu converge vers ℓ\ell. Si un≥vnu_n \geq v_n à partir d'un certain rang et si vv tend vers +∞+\infty, alors uu tend vers +∞+\infty.

Suites monotones

Théorème (limite monotone). Soit uu une suite croissante.

  1. Si uu est majorée, elle converge vers sup⁡{un:n∈N}\sup \{ u_n : n \in \N \}.
  2. Sinon, elle tend vers +∞+\infty.

Théorème (suites adjacentes). Si uu est croissante, vv décroissante et vn−un→0v_n - u_n \to 0, alors uu et vv convergent vers une même limite ℓ\ell, et un≤ℓ≤vnu_n \leq \ell \leq v_n pour tout n∈Nn \in \N.

Suites extraites

Une suite extraite de uu est une suite (uφ(n))n∈N(u_{\varphi(n)})_{n \in \N}, où φ:N→N\varphi : \N \to \N est strictement croissante.

Proposition.

  1. Si uu converge vers ℓ\ell, toute suite extraite de uu converge vers ℓ\ell.
  2. Si (u2n)(u_{2n}) et (u2n+1)(u_{2n+1}) convergent vers le même réel ℓ\ell, alors uu converge vers ℓ\ell.

Pour montrer qu'une suite diverge, il suffit d'exhiber deux suites extraites de limites différentes.

Théorème (Bolzano-Weierstrass). Toute suite réelle bornée admet une suite extraite convergente. Il en va de même pour toute suite complexe bornée.

Suites usuelles

Suites géométriques. Pour q∈Rq \in \R : si ∣q∣<1|q| < 1, qn→0q^n \to 0 ; si q=1q = 1, la suite est constante ; si q>1q > 1, qn→+∞q^n \to +\infty ; si q≤−1q \leq -1, (qn)(q^n) n'a pas de limite.

Suites arithmético-géométriques. Si un+1=aun+bu_{n+1} = a u_n + b pour tout nn, avec a≠1a \neq 1, on pose ℓ=b1−a\ell = \frac{b}{1 - a} ; alors un−ℓ=an(u0−ℓ)u_n - \ell = a^n (u_0 - \ell) pour tout n∈Nn \in \N.

Proposition (récurrences linéaires d'ordre 2). Soient a,b∈Ca, b \in \C avec b≠0b \neq 0, et u∈CNu \in \C^{\N} telle que un+2=aun+1+bunu_{n+2} = a u_{n+1} + b u_n pour tout n∈Nn \in \N. On note r2=ar+br^2 = a r + b l'équation caractéristique.

  1. Si elle a deux racines distinctes r1r_1 et r2r_2, il existe λ,μ∈C\lambda, \mu \in \C tels que un=λr1n+μr2nu_n = \lambda r_1^n + \mu r_2^n pour tout nn.
  2. Si elle a une racine double rr, il existe λ,μ∈C\lambda, \mu \in \C tels que un=(λ+μn)rnu_n = (\lambda + \mu n) r^n pour tout nn.

Si aa, bb et uu sont réels et si les racines sont ρe±iθ\rho e^{\pm i\theta} avec ρ>0\rho > 0 et θ∈ ]0,π[\theta \in \, ]0, \pi[, il existe λ,μ∈R\lambda, \mu \in \R tels que un=ρn(λcos⁡(nθ)+μsin⁡(nθ))u_n = \rho^n \big( \lambda \cos(n\theta) + \mu \sin(n\theta) \big).

Suites définies par un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n)

Soient II un intervalle, f:I→Rf : I \to \R telle que f(I)⊂If(I) \subset I, et u0∈Iu_0 \in I. La suite définie par un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n) est alors bien définie, à valeurs dans II.

Proposition. Si uu converge vers un réel ℓ∈I\ell \in I et si ff est continue en ℓ\ell, alors f(ℓ)=ℓf(\ell) = \ell.

  • Si ff est croissante sur II, la suite uu est monotone : croissante si u1≥u0u_1 \geq u_0, décroissante si u1≤u0u_1 \leq u_0.
  • Si ff est décroissante sur II, les suites (u2n)(u_{2n}) et (u2n+1)(u_{2n+1}) sont monotones, de sens contraires.

Suites complexes

Une suite complexe uu converge vers ℓ∈C\ell \in \C si ∣un−ℓ∣→0|u_n - \ell| \to 0 ; c'est le cas si et seulement si (Re⁡un)(\operatorname{Re} u_n) et (Im⁡un)(\operatorname{Im} u_n) convergent vers Re⁡ℓ\operatorname{Re} \ell et Im⁡ℓ\operatorname{Im} \ell. Pour q∈Cq \in \C : si ∣q∣<1|q| < 1, qn→0q^n \to 0 ; si ∣q∣≥1|q| \geq 1 et q≠1q \neq 1, la suite (qn)(q^n) diverge.

Pièges fréquents

  • Écrire lim⁡un\lim u_n avant d'avoir prouvé que la limite existe.
  • Conclure f(ℓ)=ℓf(\ell) = \ell sans vérifier que ℓ∈I\ell \in I et que ff est continue en ℓ\ell.
  • Croire qu'une suite croissante converge : il faut qu'elle soit majorée.
  • Garder une inégalité stricte après un passage à la limite.

S'entraîner : exercices de suites numériques